La tribune

Par , Co-fondatrice de l'association Loki Ora

La colocation sénior, inventons une autre façon d’habiter

Quelles sont selon vous les conditions de réussite des projets de colocation pour séniors engagés par Loki Ora ?

• Du point de vue des bénéficiaires, il est essentiel d’avoir envie d’un projet de vie partagée : La colocation entre seniors n’est pas un mode de logement qui correspond forcément à tout le monde. Malgré les nombreux avantages de cette solution, il faut avoir envie de partager un projet avec ses colocataires ; quelle que soit la forme que prenne ce projet de vie partagée.

• Du point de vue de la structure qui accompagne le projet notons 2 éléments importants à considérer :

– L’importance de créer une relation de confiance avec les personnes : Le logement relève de l’intime. Les personnes ont besoin de faire confiance à celles et ceux à qui ils vont parler de ces questions, d’autant plus lorsqu’il s’agit de dispositifs innovants et encore peu connus.

– La place centrale de l’accompagnement : l’accompagnement est indispensable à la création de colocations durables et sereines. Il commence avant même l’emménagement en colocation et se poursuit tout au long de la vie partagée. Sans accompagnement, les colocataires Loki Ora le disent tous, ils ne seraient peut-être plus ensemble en colocation.

 

A partir de votre expérience comment définiriez-vous l’autonomie ?

La définition de l’autonomie est différente pour chacun. Pour certains, l’autonomie sera financière, pour d’autres, intellectuelle et pour d’autres encore ce sera la mobilité.

Pour moi, l’autonomie c’est de pouvoir faire ses choix, de pouvoir les faire respecter et aussi de mettre en place les conditions nécessaires pour faire ses choix.

Le vieillissement implique de se poser la question de ses besoins, de ses envies et de s’informer sur les décisions et les solutions possibles, puis de faire part de ses décisions à ses proches. Il est préférable d’éviter de trop attendre pour s’interroger sur ses besoins pour que les décisions ne soient pas prises par d’autres.

La loi protège les personnes dans sa liberté de choix mais lorsque l’on n’est plus en capacité de décider cela devient un problème pour la personne et tout son entourage.

Quelles seraient les évolutions qu’il vous semblerait pertinentes d’apporter afin de faire évoluer le dispositif de colocations séniors et d’envisager son essaimage

• Faire connaitre le dispositif de colocation séniors

La communication est indispensable pour informer les personnes sur cette solution de logement, ses avantages et ses difficultés. Il nous semble important de faire connaître la colocation senior à un public plus large, en amont de l’âge d’y entrer et pas seulement auprès des seniors mais aussi auprès des professionnels. Les professionnels sont souvent un relai de confiance sur les questions du logement des seniors. Il est important qu’ils connaissent les avantages et les difficultés liés à de ce type d’habitat afin de pouvoir orienter au mieux les personnes.

• Pérenniser le financement des projets

Le financement du projet social de Loki Ora reste une question ouverte.
L’AVP (aide à la vie partagée, subvention accordée par le département avec des fonds du CNSA, aux personnes vivant en habitat inclusif pour fiancer l’accompagnement du projet de vie partagée) est une première réponse.

Toute la phase amont avant l’entrée dans le logement n’est pas couverte par ce dispositif financier. Il ne commence qu’à l’entrée de la personne dans le logement. Il faut aussi que la personne ait plus de 65 ans. Cela exclut donc du dispositif les personnes en dessous de cet âge limite. Cela ne correspond pas au projet social de l’association. Nous privilégions en effet la concordance des temps sociaux (être à la retraite) plutôt qu’un âge minimum.

Les colocations Loki Ora s’inscrivent dans un cadre de prévention des risques liés au vieillissement. Nous pensons que plus les personnes entrent tôt en colocation, plus elles préserveront leur autonomie. Il n’est donc pas question pour nous de ne pas permettre l’entrée en colocation à des retraités de moins de 65 ans.

Des solutions pour le financement de l’ingénierie de projet, la réflexion sur le parcours résidentiel seniors incluant la colocation, l’accompagnement des colocations favoriseraient l’essaimage d’un tel dispositif.

• Disposer de logements adaptés et réellement inclus dans la cité

Les logements en colocation Loki Ora doivent être conçus de façon à favoriser l’autonomie des personnes. Il faut prendre en compte dès la création les spécificités de la vie en colocation qui est différente de la vie de famille. Par exemple, en plus de compter entre 4 et 6 suites individuelles avec dressing et sa salle d’eau privative, les espaces personnels doivent être bien isolés entre eux. La cuisine doit pouvoir accueillir des réfrigérateurs assez grands pour le nombre de colocataires.

Afin de pouvoir envisager son vieillissement et celui de ses colocataires sereinement dans sa colocation, il est essentiel de réfléchir avec les professionnels et les colocataires à la prise en charge de la perte d’autonomie. La colocation offre des conditions idéales pour vieillir à domicile grâce à la solidarité qui s’instaure entre les habitants. Cependant, il ne faut pas non plus que les colocataires se retrouvent aidants les uns des autres s’ils ne le souhaitent pas.

Lorsque les personnes ne peuvent plus rester à domicile, par exemple dans le cas de problématiques neuro-dégénératives, il serait intéressant de pouvoir créer des passerelles entre les projets de colocations : colocations seniors autonomes vers colocations Alzheimer par exemple. Il pourrait en effet être intéressant de penser un itinéraire résidentiel senior avec et autour de la colocation afin de bénéficier de tous ses atouts le plus longtemps possible.

• Ne pas sous-estimer l’importance de l’accompagnement

Il peut parfois être tentant, pour réduire les coûts liés au logement, de limiter l’accompagnement des personnes. C’est une fausse bonne idée. Les économies réalisées le seraient au détriment de la sérénité des colocations et donc de leur pérennité. Une solution qui n’assure pas une certaine stabilité dans le temps est antinomique avec le logement dédié aux seniors.